Bianco : Le lieutenant songe au commandement
Vous trouverez ci-dessous l’interview que j’ai donnée au Télégramme au sujet de la sortie de mon livre
Député et président du conseil général socialiste des Alpes-de- Haute-Provence, ancien secrétaire général de l’Élysée, Jean-Louis Bianco publie «Si j’étais président…» (Albin Michel). Une manière pour lui de se placer dans la course à l’investiture PS pour la présidentielle de 2012.
En quoi vous sentez-vous différent de ces politiques que vous qualifiez de «formidablement égoïstes»?
D’abord, j’ai toujours joué collectif. J’ai fondé mon engagement politique sur la fidélité, d’abord à François Mitterrand, et, plus tard, à Ségolène Royal. Ma seule préoccupation est de peser dans le débat pour que nous aboutissions à quatre ou cinq idées fortes qui permettront d’identifier une alternative à la politique actuelle. Et puis, je suis peut-être plus curieux que d’autres, plus à l’écoute et toujours à la recherche d’idées nouvelles, tout en essayant d’éviter la langue de bois et les phrases toutes faites.
Où en êtes-vous avec Ségolène Royal dont vous dites qu’elle n’est pas «en situation»?
Dire cela, c’est un constat. Au moment d’une élection, il y a une alchimie un peu étrange, pas toujours prévisible, qui se produit entre un homme (ou une femme) et le pays. Aujourd’hui, elle n’est visiblement pas en situation parce que les sondages la donnent assez loin des autres candidats socialistes éventuels. Mais si c’est la réalité d’aujourd’hui, je ne sais pas de quoi demain sera fait. Tout est ouvert. Ségolène Royal est loin d’être hors-jeu. Elle a au demeurant une qualité de pensée, d’expression et une vraie pugnacité.
Qu’est-ce qui vous gêne dans le «pacte» présumé qui aurait été passé entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn?
Ce qui me gêne, c’est le fait qu’il y ait un «pacte», même si cela a été démenti. Les militants socialistes ont conquis le droit de désigner leur candidat (e). Une nouvelle étape a été franchie avec les primaires ouvertes. L’idée que quelques-uns puissent se réunir et décider entre eux qui sera candidat est pour moi quelque chose qui n’est pas souhaitable, même si cela manifeste une volonté d’unité. J’ajoute que ce n’est pas tenable. Il y aura concurrence et c’est normal dans la vie politique.
Vous-même, êtes-vous tenté d’y aller?
Je considère comme possible d’y aller. Je me déciderai dans les mois à venir. Si mes préoccupations – à savoir le refus d’un consensus mou – sont prises en compte, je n’aurai pas besoin d’aller jusqu’aux primaires. Mais, si je constate que cela n’est pas pris en compte, alors je peux effectivement aller aux primaires.
Vous préconisez une «croissance sobre». Les Verts ne sont-ils pas mieux placés que les socialistes pour porter un tel projet?
Les Verts ont joué un rôle historique essentiel. Mais je crois que dès lors que tout le monde a compris la nécessité de ce que j’appelle «la croissance sobre», tout cela n’appartient plus aux écologistes. Il s’agit désormais d’adopter un mode de consommation différent, qui ne sera pas fondé sur la course permanente aux nouveaux objets, qui ne sera plus fondé sur le fait qu’il vaut mieux jeter et acheter plutôt que réparer. Sur ces idées, je suis persuadé que des gens de gauche, des socialistes, des écologistes et au-delà, peuvent se retrouver.
Propos recueillis par Philippe Reinhard