Interview de Simone Veil au JDD
Simone Veil ancienne ministre de la Santé, ancienne membre du Conseil constitutionnel entre à l’académie française. A cette occasion, elle s’exprime sur différents sujets, donc trois que j’ai retenu dans cet extrait : l’IVG aujourd’hui, l’égalité – homme femme, enfin sa nouvelle vie d’académicienne !.
Une étude récente note une augmentation du recours à l’IVG chez les 15-17 ans. Cela vous inquiète-t-il ?
L’information concernant la contraception chez les adolescentes manque cruellement. C’est une négligence coûteuse. Les adolescentes sont souvent démunies, ce qui est fait à l’école n’est pas suffisant. Les « pass contraception » de Ségolène Royal me semblent constituer une initiative intéressante. Il est, d’autre part, inquiétant que les services hospitaliers qui pratiquent les IVG manquent de moyens.
Quels sont les combats à mener en matière d’égalité hommes-femmes?
Je déplore qu’en 2010 les femmes aient, au travail, encore beaucoup plus de difficultés à obtenir de l’avancement que les hommes. Elles font peur aux entreprises. Le vieux discours n’a pas changé: « Elles ont des enfants, elles vont prendre leur mercredi après-midi, un congé maternité ». Il est urgent de faire appliquer la loi sur l’égalité salariale. Par ailleurs, il y a trop peu de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. En politique, il y a eu des progrès, notamment grâce à la loi sur la parité, mais le pouvoir reste concentré aux mains des hommes. C’est dommage de se priver de leur regard. Il n’est pas meilleur que celui des hommes, mais il est complémentaire et nécessaire à la bonne prise de décision. Au gouvernement, si elles sont plus nombreuses, elles ne sont pas toujours écoutées. Heureusement, certaines ministres, comme Roselyne Bachelot, sont très combatives et obtiennent gain de cause.
Vous réjouissez-vous de faire votre entrée à l’Académie française?
Je n’étais pas candidate; ma place, je la dois à la secrétaire perpétuelle Hélène Carrère-d’Encausse. C’est un lieu où il n’est pas question de politique, un lieu d’écriture et de pensée où le débat vole haut. Mon épée d’académicienne est prête, elle est toute petite, mais elle m’aurait été bien utile à la tribune de l’Assemblée en 1974!Source JDD – 09/03/2010