La Crise: Synthèse et positions des candidats PS
I- Le constat
1/ En 2008, les réunions du G20 (Londres en avril 2009 puis Pittsburgh en septembre 2009) ont pris des décisions qui n’ont pas été suivies des mesures d’application.
2/ Aujourd’hui, le montant des actifs financiers dans le monde : 220 000 milliards de dollars (+ de 4 fois le PNB mondial), dont près de 150 000 milliards de dollars de dette.
La responsabilité des banques dans la dérive de ce système et dans la déconnexion de notre économie avec l’économie réelle est considérable. Mais c’est au pouvoir politique d’assumer cette responsabilité au sens où c’est à lui de prendre les décisions qui s’imposent. Les banques ne le feront pas d’elles-mêmes !
3/ Il n’est pas inutile de rappeler que la situation budgétaire catastrophique des Etats aujourd’hui est due à leur implication pour sauver le monde financier. Les Banques centrales ont réinjecté des liquidités pour que le système bancaire ne s’écoule pas. Ainsi, depuis 2008, l’endettement des Etats-Unis a augmenté de 2.000 milliards de dollars, celui de l’Italie de 300 milliards d’euros, celui de la France de 900 milliards – selon la version gouvernementale – ou 300 milliards – selon la version de la Cour des comptes –, rien que par les effets de la crise et des moyens mis en œuvre pour éviter l’effondrement du système financier.
4/ Les leçons de 2008 n’ont pas été tirées. Ne reconmmençons pas. Ne cedons plus.
Au final, de nom de la sécurité des déposants, on a donné aux banques un droit de tirage illimité sur les finances publiques des Etats. Un droit de chantage permanent en quelque sorte. Et tout cela sans aucune contrepartie.
Où est le nouvel ordre financier ? Les Etats du G20 avaient promis un « nouvel ordre financier mondial » (expression du Premier ministre britannique Gordon Brown) aux sommets notamment de Londres et de Pittsburgh en 2009.
Les promesses : Mettre au pas les agences de notation / En finir avec la spéculation / Venir à bout des paradis fiscaux.
Tout cela n’a pas été réalisé.
II- Les propositions
1/ Créer un fonds souverain européen (ou « Trésor public européen »)
- Cela permettrait :
* de financer à cout maîtrisé (eurobonds/emprunts européens) les investissements d’avenir réseaux de transport d’énergie, réseaux numériques, biotechnologies…) dont l’Europe a besoin pour relancer l’économie
* de ne pas accabler davantage les contribuables en cas de crises
* de limiter la spéculation en mutualisant les émissions de dette de chaque État par le fonds
>Sa création suppose uniquement du volontarisme politique :
* … pour augmenter les attributions et les dotations de l’actuel fonds européen de stabilité financière (FESF)
2/ Créer une agence publique en charge de noter la dette des États membres
- Cela permettrait :
* de mettre fin aux dangereuses « prophéties auto-réalisatrices » (reprise exacte de leurs analyses par les acteurs financiers)
* de mettre un terme aux conflits d’intérêts
* Il faut inscrire le sujet à l’ordre du jour du prochain G20 pour encadrer les agences de notation au niveau international
3/ Mettre en place un gouvernement européen capable d’agir
- Dans un premier temps, un ministère de l’économie franco-allemand
- Sa création permettrait :
* d’avoir un seul acteur, fort, uni et solidaire, face aux spéculateurs qui ne pourront plus jouer des divisions internes à l’UE
* de mettre fin à la cacophonie lors des précédentes crises
4/ Taxer les transactions financières
- Comment ? Toujours par le volontarisme politique
- * Les députés européens ont voté une résolution le 8 mars dernier demandant la création d’une taxe sur les transactions financières (à 0.05%) au sein de l’UE : aucune suite n’a été donnée par le dirigeants européens et la Commission…
5/ Interdire la spéculation sur les dettes des États
- En interdisant les ventes à découvert de titres que l’on ne possède pas.
- La crise financière a entraîné un enrichissement inadmissible de fonds spéculatifs.- Il faut publier la liste des acteurs financiers qui ont le plus spéculé sur la dette des États.
6/ Adopter un plan de relance européen d’abord axé sur l’industrie de la croissance verte
- Il faut relancer l’activité économique et créer de nombreux emplois non-délocalisables.
7/ Réformer le système bancaire et appliquer les règles prudentielles de Bâle III
- Rien n’a été fait depuis les déclarations de 2008. Elles ont été renforcé le 12 septembre 2010 puis repoussées à 2017 sous la pression des banques.
Questions des journalistes
Question d’un journaliste : faut-il aller plus vite dans la réduction des déficits ?
Réponse de Ségolène Royal :
Je voudrais rappeler que la situation budgétaire catastrophique des Etats est due aussi à leur implication pour sauver le système financier. Les banques centrales ont réinjecté des liquidités afin d’éviter l’effondrement du système bancaire. Par exemple, depuis 2008, l’endettement des Etats-Unis a augmenté de 2000 milliards de dollars, celui de l’Italie de 300 milliards d’euros, celui de la France de 300 milliards d’euros également (selon la version de la Cour des Comptes), rien que par l’effet de la crise et les moyens mis en œuvre pour éviter l’effondrement du système financier. Ce système financier, qui aujourd’hui donne l’ordre aux Etats de réduire le déficit budgétaire, doit appliquer lui aussi des mesures, des règles prudentielles. C’est la responsabilité du pouvoir politique que de l’imposer. Donc il ne s’agit pas de choisir entre réduire la dette ou relancer l’économie. Je demande que l’on marche sur nos deux jambes. Bien évidemment il faut réduire la dette et le déficit, mais la meilleure façon de réduire le déficit et la dette, c’est de relancer l’activité économique, en faisant en sorte que les entreprises, notamment les PME, puissent enfin avoir accès au crédit bancaire. L’ordre économique juste, c’est celui-ci et il doit s’appliquer au niveau national européen et mondial.
Question d’une journaliste : quelle est votre réaction suite au retour à Paris de Nicolas Sarkozy aujourd’hui ?
Réponse de Ségolène Royal : vaut tard que jamais. J’observe que tous les autres chefs d’Etat et de gouvernement sont rentrés au plus fort de la crise. Aujourd’hui, il y a une accalmie et le Président de la République rentre. Il ne fait que son devoir. Il doit en effet être là.
Ce qui est important ce n’est pas de savoir s’il rentre de vacances ou s’il ne rentre pas. Ce qui est important c’est que les décisions politiques soient enfin prises, qu’il n’y ait pas une nouvelle fois des déclarations d’intentions sans application. Il faut aujourd’hui que la France soit à l’offensive sur la scène européenne pour mettre en place des règles justes. J’attends par exemple la publication de la liste des banques et des organismes financiers qui ont spéculé sur la dette des Etats et qui se sont ainsi enrichis. C’est une mesure très efficace et dissuasive qui vaut tous les textes de lois. Car ces banques, une fois leurs noms rendus public, ne recommenceront plus.
En conclusion Ségolène Royal a appelé mercredi les chefs d’Etats et de gouvernements à faire en sorte que la crise actuelle permette de déboucher sur un ordre international juste, faute de quoi la prochaine crise sera beaucoup plus grave. Ségolène Royal appelle chacun, et tous ceux qui ont des responsabilités politiques et publiques à la tête des Etats et des gouvernements, à faire en sorte que la nouvelle crise actuelle nous permette de déboucher sur la mise en place d’un ordre international juste où l’on remet en ordre ce qui aujourd’hui est en désordre.
Un ordre international juste c’est la finance au service de l’économie, l’entreprise au service de l’emploi, et l’emploi au service du bien être des hommes et des femmes.
Il y a une extrême urgence pour agir. L’inertie devient particulièrement dangereuse.
MARTINE AUBRY
Elle propose trois mesures «immédiates» : supprimer 10 milliards de niches fiscales «sur les 70 milliards créés depuis 2002», mais sans dire lesquelles; baisser à 20% l’impôt sur les sociétés des entreprises, surtout les PME, qui investissent, et porter à 40% le taux d’imposition de celles qui distribuent des dividendes à leurs actionnaires; enfin, supprimer l’exonération des heures supplémentaires voulue par Nicolas Sarkozy au nom de son credo de campagne : «travailler plus pour gagner plus».
Martelant ses priorités, «l’emploi, l’éducation, la sécurité», elle se dit également favorable à une taxe européenne sur les mouvements de capitaux de 0,05%, pour réduire les tentations spéculatives, ou à tout le moins en tirer profit.
Sarkozy, une «vaste opération de communication»
Très sévère à l’égard de Nicolas Sarkozy, la maire de Lille estime qu’il «se contente d’une vaste opération de communication sur une pseudo règle d’or qui ne règle rien», et même, un peu plus loin, qu’il «ne reste rien du discours de Toulon (du chef de l’Etat) sur les banquiers voyous». Martine Aubry avait récemment proposé de débattre publiquement avec le président de la République de ces idées, elle enchérit : «dans une démocratie, quand cela va mal, on discute avec l’opposition. C’est ma conception d’une présidence ouverte», assure-t-elle, aigre-douce.
Interrogée sur la campagne de François Hollande dans le cadre de la primaire socialiste, qui insiste sur l’austérité et la rigueur pour 2012, et qui a poussé Martine Aubry sur cette voie, cette dernière répond qu’elle n’a pas de leçon à recevoir : «en matière de sérieux, je crois que j’ai fait mes preuves», lance-t-elle. Puis s’adoucit : «nous sommes tous les deux socialistes. Nos parcours ne sont pas identiques, nos tempéraments sont différents».
Martine Aubry : « Mes propositions contre la dette »
Dans une interview au JDD, Martine Aubry détaille son plan anti-crise et ses solutions pour enrayer la hausse des déficits publics.
Face à la crise, que feriez-vous si vous étiez au pouvoir?
La croissance est à 0%, le chômage ne cesse d’augmenter, le déficit commercial est abyssal dans un contexte d’endettement très élevé. Les résultats sont mauvais car la politique est mauvaise. Il faut en changer. Bien sûr il y a la crise, mais comme la Cour des comptes l’a montré, les 2/3 des déficits sont dus à la politique de M. Sarkozy. La France souffre d’un triple déficit, déficit de finances publiques, déficit d’emploi, déficit de compétitivité. S’attaquer à l’un, sans les deux autres est une impasse. Il n’y a pas de temps à perdre. Aussi je propose trois mesures immédiates : pour réduire l’endettement, supprimer 10 milliards de niches fiscales sur les 70 milliards créés depuis 2002 ; en parallèle, pour relancer la croissance, baisser à 20% l’impôt sur les sociétés qui réinvestissent notamment les PME et le monter à 40% pour celles qui privilégient les dividendes ; enfin, financer un plan d’action pour l’emploi des jeunes en supprimant les subventions absurdes aux heures supplémentaires qui bloquent les embauches dans un pays qui souffre du chômage. Les Français doivent savoir que ce chemin existe qui permet de sortir de la crise et de retrouver un pays fort et juste. A l’inverse, la Grèce a montré aux pays européens qu’une politique d’austérité brutale mène à la récession sans régler les déficits publics.
Ne croyez-vous pas que Nicolas Sarkozy pourrait taxer les grandes entreprises ou réduire les niches fiscales?
Je ne sais pas ce que sont les intentions de M. Sarkozy, mais je sais qu’aujourd’hui il n’agit pas, en se contentant comme souvent d’une vaste opération de communication sur une pseudo « règle d’or » qui ne règle rien. La question n’est pas de savoir s’il faut inscrire dans la constitution ou dans la loi je ne sais quelle règle théorique, mais bien d’agir maintenant pour faire repartir la France de l’avant. Cela fait trois ans que Nicolas Sarkozy nous dit qu’il va réguler le système financier, il a été président de l’Union européenne, il préside le G 20 et rien n’est fait. Je dis au président, je fais des propositions. Dans une démocratie, quand cela va mal, on discute avec l’opposition. C’est ma conception d’une présidence ouverte.
Il a réuni cette semaine ses ministres et peu après la bourse a plongé. Face à la spéculation, faut-il de la communication ou de la discrétion?
Face à la spéculation, il faut de la sérénité et de l’action. La réunion de mercredi n’a apporté ni l’une, ni l’autre. En voulant faire de la mise en scène, Nicolas Sarkozy s’est pris les pieds dans le tapis. Mais je ne veux pas polémiquer. Ce qui m’importe, c’est le bien de mon pays, ce sont les décisions qui doivent être prises dans les jours qui viennent.
Vous promettez de revenir à 3% de déficit en 2013. Quelle est votre recette miracle?
Je prends un engagement très fort : affecter 50% des marges de manœuvre financières –suppression des niches fiscales, croissance- à la réduction des déficits, et 50% au financement d’investissements d’avenir c’est-à-dire aux priorités que j’affirme : emploi -tout pour l’emploi-, l’éducation, la sécurité. Je veux une gauche sérieuse et ambitieuse : sans ambition, rien ne change, sans sérieux rien n’est possible.
Vous dites au chef de l’Etat “appliquez mes solutions”, s’il ne le fait pas et que vous êtes élue en 2012, comment en six mois allez vous réduire le déficit?
J’engagerai ce chemin vertueux qui trouve le bon équilibre entre réduction des déficits, relance de la croissance et de l’emploi, renforcement de notre compétitivité. J’ai fait des propositions pour l’avenir qui allient efficacité et justice : réforme fiscale, politique industrielle, renforcement de la recherche, développement durable, accès des français à l’égalité réelle engageant une profonde réforme des services publics… Les propositions qui relèvent d’une action européenne, je les ai discutées depuis trois ans et je les porte avec les partis socialistes et sociaux-démocrates européens.
La France risque-t-elle de perdre son triple A?
Ce qui est sûr, et les agences de notations le savent, c’est que l’austérité sans croissance tout comme la croissance sans sérieux budgétaire ne mène à rien. Ceci dit, il est temps que les politiques reprennent le pouvoir sur la finance et qu’en matière de notation, soit créée une agence indépendante des banques.
Faut-il faire payer les peuples ou les banques?
Je défends la création d’une taxe européenne sur les transactions financières de 0,05% : cela limitera la spéculation et apportera 200 milliards d’euros pour réduire les dettes et financer une partie des investissements d’avenir. Mais la question n’est pas de chercher des boucs émissaires mais bien « quel est le chemin pour sortir de la crise et redonner un sens à notre pays ». On a bien fait de secourir les banques en 2008, mais il aurait fallu que l’Etat entre dans leur capital pour orienter l’argent vers l’économie et les PME, et de la régulation pour enrayer la spéculation. Souvenez-vous du discours de Toulon de Nicolas Sarkozy contre les banquiers voyous, qu’en reste-t-il? Rien. Les discours, cela suffit. Il faut maintenant agir.
La crise change-t-elle la donne politique?
La crise réclame de l’expérience, du courage, de la confiance. Aujourd’hui, beaucoup préfèrent la communication à l’action. A la tête de l’Etat, il faut quelqu’un qui allie expérience et courage, qui fasse des choix justes et pour cela, qui incarne les valeurs de notre pays.
François Hollande se pose en père la rigueur et vous?
Le sérieux dans la gestion comme l’honnêteté en politique sonnent pour moi comme deux évidences. C’est ce que j’ai appris et toujours fait. J’ai rétabli les comptes de la Sécurité sociale tout en créant la CMU. J’ai désendetté ma ville sans augmenter les impôts et en accroissant les investissements. En matière de sérieux, je crois que j´ai fait mes preuves. Je le redis, je veux une gauche sérieuse mais aussi ambitieuse. C’est la condition pour réduire le chômage – et je mettrai le paquet sur l’emploi -, pour porter haut l’éducation et pour réconcilier les Français.
Êtes-vous vraiment différente de lui?
Nous sommes tous les deux socialistes. Nos parcours ne sont pas identiques, nos tempéraments sont différents. J’affiche clairement mes priorités, les chemins pour les réaliser et aussi une méthode : écouter, débattre, décider, rassembler. C’est ce que j’ai fait au PS depuis trois ans, ce que j’ai fait avec nos partenaires de la gauche, ce que j’ai fait avec les socialistes européens.
Cécile Amar – Le Journal du Dimanche
samedi 13 août 2011
Contre la dette, pour l’emploi : ma « règle d’or »
Martine Aubry lors d’une conférence de presse à Bourg-les-Valence, le 6 juillet.AFP/PHILIPPE MERLE
En pleine crise de l’endettement et de la spéculation, M. Sarkozy réclame une limitation constitutionnelle des déficits. Le sérieux en matière financière est une révélation tardive pour celui qui, à quelques mois du jugement des Français, cherche d’abord à faire oublier sa responsabilité, celle d’un endettement qui aura doublé au cours des dix dernières années de gestion UMP.
La « règle d’or » qui est proposée, bien peu contraignante en vérité, est d’abord un exercice de communication dont le procédé n’est pas nouveau et le discours classique : la gauche pousserait au déficit des finances publiques tandis que la droite les ramènerait à l’équilibre.
Dispendieux contre sérieux, poches percées contre caisses remplies, c’est la fable de l’UMP pour 2012. Hélas pour la droite, cette fiction se heurte aux faits, d’autant plus têtus qu’il s’agit de chiffres incontestables.
Les précédents sont accablants pour les conservateurs d’ici et d’ailleurs. Aux Etats-Unis, Reagan et Bush ont creusé les déficits que Clinton dut résorber, et c’est désormais Obama qui doit faire face à l’irresponsabilité des républicains. En France, c’est Edouard Balladur, premier ministre secondé par son ministre du budget Nicolas Sarkozy, qui augmenta la dette de 50 % entre 1993 et 1995.
Alain Juppé parla à l’époque d’une gestion « calamiteuse », et c’est la gauche qui fit baisser le poids de la dette dans le produit intérieur brut (PIB) entre 1997 et 2002. Sur l’ensemble de la période 1981-2011, la dette est passée de 21 % à 82 % du PIB : 75 % de la hausse s’est produite sous une gouvernance de droite !
Les résultats récents sont plus implacables encore pour l’actuelle majorité. Depuis 2002, les deux tiers de l’endettement sont dus aux cadeaux fiscaux accordés à une minorité de privilégiés, comme l’a établi la Cour des comptes.
Même en retranchant les 100 ou 150 milliards d’euros de dette liée à la crise financière de l’automne 2008, les années Sarkozy resteront celles de l’explosion historique de la dette.
Autre point noir : le déficit de la Sécurité sociale. Lorsque j’ai quitté le ministère des affaires sociales fin 2000, les comptes sociaux étaient non seulement rétablis, mais en excédent. Deux présidents et sept ministres UMP plus tard, le seul déficit de la Sécurité sociale atteint 25 milliards d’euros !
La prétendue « règle d’or » révèle l’aplomb de son initiateur : non content de l’avoir négligée depuis qu’il préside le pays, lui-même se garde bien d’en appliquer la logique dès à présent ! Bien sûr, le gouvernement a adressé à la Commission européenne un programme de retour des déficits sous l’étiage des 3 % en 2013.
L’ennui est que personne – ni à Bercy, ni à Bruxelles, ni à Berlin – n’estime crédibles les hypothèses qui fondent cette promesse. La hausse « spontanée » des rentrées fiscales de l’Etat affichée à 7 % en 2013, alors même que ne sont prévus ni changement de taux ou d’assiette, ni aucune remise en cause des cadeaux aux plus hauts revenus ou aux très grandes entreprises ? Irréaliste, évidemment !
Quant à une croissance de 2,5 %, faute de politique économique favorable à l’emploi, à la consommation des ménages et à l’investissement des entreprises, elle est désormais improbable, comme en témoignent, hélas, les mauvais résultats enregistrés au deuxième trimestre.
La vérité est que la politique actuelle est une impasse. Sans croissance, dette et déficits ne se réduiront pas ; sans ressources nouvelles, les coupes aveugles dans les dépenses aggraveront la crise.
Même si la situation n’est pas la même, le scénario grec l’enseigne à tous les pays européens. Les résultats en France sont mauvais parce que la politique est mauvaise. Il faut en changer. Et il y a urgence.
Si le président sortant a le souci sincère de l’intérêt national, si pour une fois il joint les actes à la communication, il lui faut prendre plusieurs décisions positives, et cela dès maintenant et pour le budget 2012. J’en propose trois, qui pourraient relancer la croissance et l’emploi tout en réduisant les déficits.
Tout d’abord, supprimer la défiscalisation des heures supplémentaires, véritable hérésie économique qui bloque les embauches – comme vient de le montrer un rapport parlementaire -, pour financer immédiatement un grand plan de création d’emplois pour les jeunes dans les secteurs de l’innovation sociale et environnementale.
Deuxième mesure, abaisser à 20 % l’impôt sur les sociétés des entreprises qui réinvestissent leurs bénéfices, et l’augmenter sur celles qui privilégient les dividendes : l’investissement s’en trouvera dynamisé principalement dans les PME, sans coût pour les finances publiques.
Et, enfin, engager un premier train de réduction véritable des niches fiscales. Députés et sénateurs socialistes ont fait de nombreuses propositions, chaque fois repoussées par le gouvernement : la niche Copé sur les plus-values de cessions de filiales pour les holdings, la réduction de l’impôt sur la fortune, le rapprochement de l’imposition des revenus du capital avec ceux du travail… plus de 10 milliards d’euros peuvent être, dès 2012, utilement récupérés pour les comptes publics sans impact négatif pour les classes moyennes et pour l’économie réelle.
Au-delà de l’urgence, il faudra aller plus loin. Il y a un chemin pour sortir notre pays de la crise. Il consiste à s’attaquer en même temps aux trois déficits dont la France souffre : déficit des finances publiques, déficit d’emploi, déficit de compétitivité. C’est en agissant rapidement sur l’emploi et l’investissement que nous rétablirons la confiance et la croissance.
C’est par une action continue en matière d’innovation et par une nouvelle ambition industrielle que nous nous imposerons dans la compétition mondiale. Et c’est par une croissance durable associée à une gestion sérieuse de l’argent public que nous réduirons dette et déficits. Concrètement, comment y parvenir ?
Forte du soutien des Français, je procéderai à une profonde réforme de la fiscalité qui l’adapte aux exigences de justice, de modernité et d’efficacité.
Pour les particuliers, la réforme sera conduite avec une idée-force : à revenu égal, impôt égal, ce qui signifie que les revenus du capital cesseront d’être moins taxés que ceux du travail, et que le caractère progressif de l’impôt sera rétabli, restaurant ainsi la justice sans laquelle les efforts ne sont que bénéfices pour quelques-uns et sacrifices pour la majorité des Français.
Ces mêmes principes nous conduiront à supprimer nombre de niches fiscales – comme le Fonds monétaire international (FMI) nous y invite. Soixante-dix milliards de cadeaux fiscaux ont été accordés depuis 2002, qui n’ont rien apporté à notre pays et ont souvent contribué à creuser les inégalités.
Nous annulerons 50 milliards de ces dépenses inefficaces économiquement et injustes socialement. J’allouerai ses ressources pour moitié à la baisse du déficit et pour moitié aux financements des priorités qui sont les miennes, au premier rang desquelles l’emploi, l’école et la sécurité.
Oui, il faudra assumer que certaines politiques, essentielles pour la croissance, ou malmenées par M. Sarkozy, reçoivent des moyens nouveaux. Toutefois – c’est un engagement que je prends – il ne s’agira pas le plus souvent de dépenses additionnelles, mais de nouvelles approches qui rendent plus performante l’action publique. Ainsi, je réorienterai vers la construction de logements sociaux et l’accession sociale à la propriété les marges dégagées par la réduction des avantages fiscaux qui ne font qu’alimenter la spéculation immobilière.
Pour stimuler la compétitivité, au-delà des mesures d’urgence, je rehausserai l’effort de recherche publique et privée ; j’engagerai enfin la transition énergétique du pays ; je créerai une Banque publique d’investissement sous forme de fonds régionaux qui soutiendra filières d’avenir, industries stratégiques et PME ; je défendrai la création d’un gouvernement économique européen, d’une politique commerciale imposant la réciprocité des règles et des sauvegardes et ainsi que d’une régulation ferme du système financier.
La règle pour les 50 milliards de niches fiscales, je l’appliquerai aussi aux fruits de la croissance : 50 % pour le désendettement, 50 % pour les investissements du futur, voilà ma « règle d’or », celle que je suivrai avec constance et détermination si je suis élue présidente. Et c’est ainsi que je respecterai l’engagement européen de la France d’un retour de ses déficits en dessous de 3 % en 2013. Et c’est ainsi que notre pays renouera avec la croissance, l’emploi et le progrès.
Parce que la situation de notre pays est grave, et parce que des dégâts considérables peuvent à nouveau lui être causés dans les mois qui viennent si l’on continue à faire fausse route comme aujourd’hui, je dis à M. Sarkozy de ne pas perdre de temps dans de faux débats sur une pseudo-règle qui ne règle rien. Il est temps de passer aux actes pour réduire les déficits et pour soutenir la croissance et l’emploi. Dans une démocratie, le débat avec l’opposition doit être naturel. C’est ma conception de la politique. Je fais aujourd’hui des propositions précises. Discutons-en, dans l’intérêt de notre pays !
Article paru dans l’édition du 13.08.11
Ségolène Royal : SR propose d’adopter la règle d’or en début de mandat.
Quelle différence faites-vous entre voter la règle d’or dès 2011 et l’adopter après la présidentielle?
Ce ne serait pas moral de voter la règle d’or après cinq ans de gaspillage au profit des plus riches. Il est hors de question de cautionner cette politique scandaleuse. Mais Ségolène Royal veut envoyer un signal fort pour qu’on ne puisse pas taxer les socialistes d’irresponsabilité. Rigueur et sérieux, mais à condition de conduire une autre politique avec une fiscalité plus juste: en diminuant l’impôt sur les sociétés qui investissent, en l’augmentant sur les plus-values et les profits distribués, en instaurant une fiscalité vraiment progressive avec la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu.
Se soumettre à une règle d’or en début de mandat, n’est-ce pas se lier les mains?
C’est une question de confiance. Dire oui au principe de la règle d’or crée de la confiance et la confiance est un vecteur de croissance. Par ailleurs, nous avons déjà des engagements pour réduire les déficits puisque le projet du PS prévoit d’y affecter la moitié des marges de manœuvre dégagées par la suppression des niches fiscales, la croissance verte comme l’appelle Ségolène Royal, et la lutte contre la fraude fiscale, sur laquelle elle insiste beaucoup.
François Hollande propose, lui, une «loi de programmation» sur la réduction des déficits après la présidentielle. Est-ce différent de la règle d’or que veut Royal?
La loi de programmation contraint beaucoup plus dans le détail. On tracerait alors un chemin extrêmement précis pour chacune des cinq années à venir, alors que la règle d’or inscrit surtout un principe, une trajectoire pour aboutir à l’équilibre à la fin du quinquennat.
VALLS
Manuels Valls et Jean-Michel Baylet (Parti radical de gauche) ont, eux, appelé le gouvernement à discuter avec l’opposition. Dans un communiqué, le président du PRG juge qu’il est nécessaire de « proposer un ‘pacte républicain de rassemblement’ aux forces parlementaires ». « Le contexte de guerre économique auquel nous devons faire face justifie une ‘Union sacrée’ des Républicains contre les spéculateurs », ajoute-t-il.
Manuel Valls estime, lui, que « la fragilité de la France nous oblige à faire un certain nombre d’efforts ». Dans l’interview qu’il a donné au site de Libération vendredi, il évoque « la création d’une ‘TVA anti-délocalisation’ –de ‘protection’, ‘très sociale’– (…) qui aurait l’avantage de dégager des recettes fiscales tout de suite ». Cette TVA, « modulable » aurait pour but de « transférer sur la consommation la charge des dépenses sociales » et ne concernerait pas « les produits de première nécessité ». Le socialiste balaie également les mesures des gouvernements Fillon : s’il estime qu’il faut annuler la réforme de l’ISF et la baisse de la TVA dans la restauration, il considère qu’on « ne pourra pas revenir sur la retraite à 60 ans » et prévient qu’il faut « dire » que les impôts « vont augmenter ».
Sur la « règle d’or », le député-maire d’Evry a répété que le chef de l’Etat « doit consulter les formations politiques et s’abstenir de débaucher des parlementaires comme lors de la réforme constitutionnelle de 2008. Dans un contexte d’une telle gravité, il est nécessaire que majorité et opposition se parlent », selon lui. D’ailleurs, Manuel Valls propose une rencontre entre tous les candidats à la primaire socialiste, qui aura pour sujet le contexte de crise, avant l’université d’été du PS. Cette dernière se tiendra les 26, 27 et 28 août à La Rochelle.
MONTEBOURG
Montebourg veut démonter le système financier
Dans une interview également publiée sur Libération.fr, Arnaud Montebourg se prononce pour « le démantèlement des agences de notations » et « l’interdiction de la spéculation sur les marchés financiers ». « Un bras de fer entre le pouvoir financier et le pouvoir politique vient de s’engager », a-t-il déclaré, affirmant que « les premiers veulent faire payer aux classes moyennes et populaires, les contribuables des Etats, les conséquences de la crise financière dont ils sont pourtant responsables ». Il y a, selon lui, « des mesures que nous pourrions prendre immédiatement, dès la session extraordinaire de septembre, plutôt que je ne sais quelle règle d’or qui ressemble à une discussion sur le sexe des anges ».
Le député et président du conseil général de Saône-et-Loire évoque lui aussi les « efforts » nécessaires demandés aux Français, mais assure que « les banques et les grandes entreprises qui ont bénéficié d’avantages fiscaux » doivent « payer leurs propres impérities et leurs graves conséquences ». Et d’ajouter, en réponse à ses détracteurs : « On me dit que je serais trop radical? Mais le plus radical et le plus extrémiste ne serait-il pas le système qui a fabriqué cette crise? »
FRANCOIS HOLLANDE
François Hollande, candidat à la primaire socialiste, hostile au vote de la « règle d’or », propose d’ajouter au projet de loi de finances pour 2012 « un amendement dans lequel la France s’engage à respecter sa trajectoire de retour sous la barre des 3 % du PIB en 2013″, dans une interview aux Échos à paraître mardi.
À la question de savoir si, « dans le contexte actuel, il est raisonnable de rejeter l’adoption de la règle d’or que propose la majorité », François Hollande répond que la « règle d’or » (prévoyant d’inscrire dans la Constitution des règles de retour progressif à l’équilibre budgétaire, NDLR), « telle qu’elle a été votée par la majorité, est factice puisque son application n’est pas prévue avant 2013″. « C’est une manoeuvre de Nicolas Sarkozy pour faire oublier sa responsabilité dans la dérive de nos comptes publics depuis 2007. Il ne peut s’en absoudre par une modification de la Constitution. Ce serait trop commode », ajoute-t-il.
« Le couple franco-allemand doit montrer la voie »
« Je propose une autre méthode. Je suggère que soit ajouté au projet de loi de finances pour l’an prochain un amendement dans lequel la France s’engage à respecter sa trajectoire de retour sous la barre des 3 % en 2013″, explique l’élu corrézien. « Cela montrerait la détermination de l’ensemble de la nation à tenir les engagements pris. » François Hollande estime par ailleurs qu’ »aujourd’hui, l’Europe doit prendre deux dispositions : d’abord, amplifier les capacités d’intervention du Fonds (européen de stabilité financière, NDLR). Ensuite, se doter de la possibilité de garantir les emprunts nouveaux que des États membres devront souscrire et emprunter elle-même avec des eurobonds pour qu’il n’y ait plus d’écarts de taux d’intérêt entre les pays de la zone euro ».
« Le couple franco-allemand doit montrer la voie et ne plus tergiverser comme il le fait depuis 18 mois », ajoute-t-il, regrettant que « l’Europe (intervienne) toujours trop tard et trop peu ». Selon lui, « personne n’imagine que » la France puisse « atteindre les objectifs affichés sans remise en cause des avantages fiscaux consentis par l’actuelle majorité depuis cinq ans ». Interrogé sur la proposition de Jean-Louis Borloo de revenir sous la barre des 3 % du PIB dès 2012, il la juge « ni réaliste ni souhaitable ». « Il faut s’en tenir aux objectifs définis. Respecter nos engagements serait déjà appréciable.
François Hollande, candidat à la primaire PS: « la panne sèche de l’économie française au deuxième trimestre fait naître une triple inquiétude. Inquiétude en priorité sur le pouvoir d’achat des Français. Pour nos concitoyens, la crise économique n’est absolument pas réglée et elle touche au coeur de leur vie quotidienne.(…) Inquiétude aussi pour la situation des finances publiques de notre pays. Avec moins de croissance, la France pourra moins compter sur la rentrée naturelle des prélèvements pour corriger la grave situation des finances publiques. Pour atteindre l’objectif de déficit annoncé en 2011 et rejoindre 3% de déficit en 2013, il faut ouvrir immédiatement une discussion au Parlement sur une réforme de la structure de la fiscalité. Inquiétude enfin sur l’exigence de sincérité de la Loi de finances. La prévision actuelle du gouvernement de 2% sur l’année 2011 est désormais inatteignable sauf performances exceptionnelles en fin d’année » (communiqué)